Les opérations de salubrité annoncées dans les communes de Libreville, Owendo, Akanda et Ntoum répondent à une urgence visible : celle d’un environnement urbain encore confronté à l’accumulation des déchets, à l’obstruction des caniveaux et au manque d’entretien de certains espaces. Mais au-delà du balayage, du désherbage et du curage, une question mérite désormais d’être posée : et si une partie de la solution se trouvait dans la transformation des déchets eux-mêmes ?
La propreté d’une ville ne dépend pas uniquement de la bonne volonté de ses habitants. Elle repose également sur la capacité d’une collectivité à organiser la collecte, le tri, le traitement et la valorisation de ce qu’elle produit quotidiennement.
Sur ce terrain, l’expérience chinoise offre un exemple intéressant. Le pays a progressivement développé une véritable économie autour des déchets. À Guangzhou, une installation de valorisation traite jusqu’à 8 000 tonnes d’ordures ménagères par jour. À Foshan, un parc industriel traite environ 4 500 tonnes quotidiennement et récupère notamment de l’énergie sous forme d’électricité et de vapeur destinée à des activités industrielles voisines.
À Chenzhou, une usine traite pour sa part environ 219 000 tonnes de déchets ménagers par an et produit près de 70 millions de kilowattheures d’électricité.
L’objectif chinois ne se limite d’ailleurs pas à l’incinération. Le pays cherche à développer un système de recyclage permettant de récupérer les métaux, le papier, les plastiques, le verre et d’autres matières. Les orientations nationales fixées en matière d’économie circulaire visent notamment une utilisation annuelle de 450 millions de tonnes de principales ressources recyclées.
Pour le Gabon, cette logique pourrait ouvrir une piste de réflexion. Pourquoi les déchets du Grand Libreville devraient-ils nécessairement être considérés uniquement comme quelque chose dont il faut se débarrasser ?
L’exemple des Aciéries du Gabon à Port-Gentil, dont le Président de la République a lancé la première production le 17 septembre 2026, montre déjà qu’une autre approche est possible. L’unité portée par FOBERD utilise des rebuts ferreux, notamment de la ferraille et d’autres déchets métalliques récupérés, pour produire localement des barres d’acier.
Ce qui était hier un rebut devient ainsi une matière première industrielle. Autour de cette activité peuvent se développer des métiers liés à la collecte, au tri, au transport, au stockage, à la maintenance et à la distribution. La logique est exactement celle de l’économie circulaire : récupérer une matière, lui donner une seconde vie et conserver davantage de valeur sur le territoire.
Pourquoi ne pas imaginer une démarche comparable pour les déchets du Grand Libreville ?
Le plastique pourrait alimenter des unités de recyclage et de fabrication de produits dérivés. Le verre pourrait être récupéré et réintroduit dans des chaînes de production. Les déchets métalliques pourraient être davantage collectés et valorisés. Les déchets organiques pourraient, sous certaines conditions, être orientés vers le compostage ou d’autres formes de valorisation.
Une telle transformation nécessiterait évidemment des investissements, une organisation efficace de la collecte et du tri, ainsi qu’un cadre économique permettant aux entreprises gabonaises de participer à cette nouvelle filière.
L’enjeu serait alors double : améliorer la propreté des villes tout en créant une activité économique autour des déchets.
C’est peut-être là que se trouve l’étape suivante pour le Grand Libreville. Après avoir demandé aux citoyens de nettoyer leurs devantures, il faudra peut-être se demander comment organiser toute la chaîne qui vient après : que deviennent les déchets une fois ramassés ? Qui les trie ? Qui les transforme ? Quels produits peuvent-ils permettre de fabriquer ? Combien d’emplois peuvent être créés ?
L’expérience de Port-Gentil montre déjà que la transformation locale peut commencer par ce que l’on considère habituellement comme un déchet. L’expérience chinoise montre, à une échelle beaucoup plus importante, que la gestion des ordures peut devenir une véritable industrie.
Le défi du Grand Libreville ne serait donc plus seulement de faire disparaître les déchets de ses rues. Il serait de faire disparaître l’idée selon laquelle les déchets n’ont aucune valeur.
La prochaine politique de salubrité pourrait ainsi être aussi une politique industrielle : moins enfouir, mieux trier, davantage transformer et, surtout, créer au Gabon de la valeur à partir de ce que les villes produisent chaque jour.


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