Il existe une constante dans toutes les opérations d’assainissement de la vie publique : ceux qui profitent du désordre finissent toujours par détester l’ordre.
Le Gabon n’échappe pas à cette règle.
Depuis plusieurs mois, la Task Force chargée du contrôle, de l’audit et de la vérification des dettes intérieures et extérieures de l’État fait l’objet d’attaques récurrentes sur les réseaux sociaux. Les insinuations, les procès d’intention et les campagnes de dénigrement se multiplient. À mesure que les résultats s’accumulent, les critiques deviennent plus virulentes. Comme si le succès même de cette structure constituait son principal tort.
Pourtant, une question simple mérite d’être posée : que reproche-t-on exactement à la Task Force ?
D’avoir récupéré de l’argent public ?
D’avoir empêché le paiement de créances fictives ?
D’avoir mis fin à des mécanismes de prédation qui prospéraient depuis des années ?
Car les chiffres, eux, sont têtus.
Réactivée le 21 septembre 2023 par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, quelques semaines après les événements du 30 août, la Task Force a reçu une mission claire : faire la lumière sur l’état réel des finances publiques et mettre un terme aux pratiques qui avaient progressivement transformé la dette de l’État en une véritable industrie.
Trois ans plus tard, le bilan est spectaculaire.
Plus de 900 milliards de francs CFA ont été récupérés et reversés directement dans les caisses du Trésor public gabonais.
Rien que ce chiffre devrait suffire à mesurer l’ampleur du travail accompli.
Pour prendre la mesure de cette performance, il faut rappeler qu’au lendemain de sa remise en activité, la Task Force avait déjà permis le recouvrement de près de 20 milliards de francs CFA auprès d’entreprises diverses, ainsi que plus de 100 milliards de francs CFA retrouvés sur une cinquantaine de comptes bancaires.
Mais le plus impressionnant reste sans doute le travail de vérification de la dette intérieure.
Pendant de longues années, sous l’ancien régime dirigé par Ali Bongo Ondimba, les mécanismes de la dépense publique ont souvent fonctionné dans une opacité préoccupante. Les marchés attribués de gré à gré se sont multipliés. Les surfacturations sont devenues un sujet récurrent de dénonciation. Des prestations parfois jamais exécutées ont pourtant donné lieu à des demandes de paiement. Certaines entreprises ont développé une expertise remarquable : celle de facturer davantage qu’elles ne livraient.
Lorsque les auditeurs de la Task Force se sont penchés sur les dossiers, la réalité est apparue dans toute sa brutalité.
Sur près de 1 100 milliards de francs CFA de créances présentées à l’État, environ 700 milliards ont été identifiés comme des créances fictives ou insuffisamment justifiées.
Autrement dit, sans ce travail de vérification, plusieurs centaines de milliards de francs CFA auraient pu quitter les caisses publiques sans fondement sérieux.
En 2025 encore, l’audit de 370 milliards de francs CFA de dettes a conduit à l’annulation de 241 milliards, soit près de 70 % des montants examinés.
Ces chiffres ne racontent pas seulement une histoire comptable.
Ils racontent un système.
Un système dans lequel certains avaient fini par considérer l’argent public comme une ressource privée. Un système où la proximité avec le pouvoir ouvrait parfois davantage de portes que la compétence. Un système où l’État payait souvent avant de vérifier.
La Task Force a précisément inversé cette logique.
Elle a imposé ce qui aurait toujours dû être la règle : vérifier avant de payer.
Elle a également contribué au démantèlement de réseaux de surfacturation, à l’annulation de dettes injustifiées et à la lutte contre les mécanismes de rétro-commissions qui grevaient lourdement les finances publiques.
Face à un tel bilan, les campagnes de dénigrement prennent un relief particulier.
Car il ne s’agit plus d’un débat technique sur les méthodes employées. Il s’agit de savoir qui a intérêt à discréditer une structure qui ferme progressivement les robinets de la prédation.
Les réseaux sociaux sont devenus le terrain privilégié de cette offensive.
Sous couvert de militantisme ou de prétendue défense de l’intérêt général, certains activistes, souvent installés à l’étranger et notamment en France, diffusent régulièrement des accusations dont la solidité semble inversement proportionnelle à leur virulence.
La méthode est désormais connue : multiplier les insinuations, lancer des accusations sans preuve, créer un climat de suspicion permanent et espérer que le bruit finira par remplacer les faits.
Or les faits demeurent.
Et les faits sont massifs.
Plus de 900 milliards de francs CFA récupérés.
Des centaines de milliards de dettes fictives annulées.
Des mécanismes de fraude démantelés.
Des actifs stratégiques réintégrés dans le patrimoine national.
Voilà la réalité.
Les campagnes de diffamation ne changeront rien à cette équation.
Au contraire, elles tendent à confirmer une vérité simple : lorsque les intérêts établis sont bousculés, les résistances s’organisent. Ceux qui profitaient hier de l’absence de contrôle sont rarement les premiers à applaudir l’arrivée des auditeurs.
Le Gabon de 2026 n’est plus celui d’hier. Nous sommes de pleins pieds dans la 5e République.
La culture de l’impunité recule progressivement devant l’exigence de reddition des comptes. Les habitudes anciennes sont remises en cause. Les privilèges acquis sont interrogés. Les pratiques qui paraissaient intouchables sont désormais examinées.
Cette évolution n’est évidemment pas du goût de tout le monde.
Mais elle constitue précisément la raison d’être de la Task Force.
Et c’est peut-être là la meilleure explication des attaques dont elle est aujourd’hui la cible : ses résultats parlent trop fort.


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