Il y a des documents administratifs qui révèlent une crise profonde de gouvernance. C’est le cas de celui que notre Rédaction a consulté.
En effet, par une source digne de foi, notre rédaction a pu obtenir copie d’une correspondance particulièrement sévère adressée le 12 juin 2026 par le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, au président du Conseil d’administration de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG).
Le document, frappé de la mention « Urgent », est sans doute l’un des actes administratifs les plus critiques adressés ces derniers mois à la direction de l’entreprise chargée de la distribution de l’eau et de l’électricité au Gabon.
À travers plusieurs pages argumentées, le ministre dresse un constat alarmant sur le fonctionnement de la SEEG. Plus qu’un simple rappel à l’ordre, il s’agit d’un véritable réquisitoire contre une gouvernance qui semble aujourd’hui en décalage avec les attentes de l’État et les préoccupations quotidiennes des populations.
Le plus frappant n’est pas seulement la sévérité du ton employé.
C’est la nature même des griefs.
Le ministre évoque notamment plusieurs incidents majeurs survenus lors de déplacements officiels du président de la République et des plus hautes autorités de l’État.
Une coupure d’électricité à la mosquée Hassan II de Libreville lors de la rupture du jeûne en présence du chef de l’État.
Une autre coupure à Mayumba durant des activités présidentielles.
Une nouvelle interruption d’électricité à Gabon Télévision lors du passage du Vice-président du Gouvernement à une émission consacrée aux cent premiers jours de l’action gouvernementale.
Pris séparément, chacun de ces événements pourrait être considéré comme un incident technique.
Pris ensemble, ils dessinent le portrait d’une entreprise qui semble avoir perdu la maîtrise de certaines missions pourtant essentielles.
Et le ministre ne s’arrête pas là.
Il dénonce un défaut manifeste d’anticipation, des insuffisances dans la sécurisation des sites stratégiques, l’absence répétée de la direction générale lors de visites ministérielles, une rupture de la chaîne hiérarchique et une défiance à l’égard des instructions émanant des plus hautes autorités.
Des accusations d’une rare gravité.
Car derrière ces mots se cache une réalité simple : le pays traverse l’une des crises énergétiques les plus difficiles de son histoire récente.
Pendant que les délestages se multiplient, que les quartiers sont régulièrement privés d’électricité et que les coupures d’eau deviennent le quotidien de milliers de familles, les Gabonais attendent des solutions.
Pas des justifications.
Pas des querelles administratives.
Pas des jeux d’influence.
Des solutions.
Et c’est précisément ce qui semble aujourd’hui préoccuper le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.
Depuis son accession à la magistrature suprême, le chef de l’État a multiplié les initiatives destinées à améliorer l’accès des populations à l’eau potable et à l’électricité. Il a fait de la résolution de la crise énergétique et hydraulique une priorité nationale. Chaque déplacement, chaque réunion de travail et chaque arbitrage gouvernemental témoignent de cette volonté d’apporter des réponses concrètes à une préoccupation qui touche directement le quotidien des Gabonais.
Car il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître : depuis plusieurs années, les usagers ont souvent eu le sentiment d’être les victimes d’un système incapable de leur garantir un service public régulier et de qualité.
Les délestages à répétition, les coupures prolongées, les pannes récurrentes et les difficultés d’accès à l’eau ont profondément dégradé la relation entre la SEEG et ses clients.
Le terme est dur.
Mais pour beaucoup de personnes, il correspond malheureusement à une réalité vécue au quotidien.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’État n’est pas resté inactif.
L’exemple du contrat conclu avec la société turque Karpowership en est une illustration.
Ce partenariat, destiné à renforcer les capacités de production électrique du pays afin de réduire les délestages, a été signé par l’administration même de la SEEG. Il constitue donc un engagement auquel la direction de l’entreprise a pleinement souscrit.
Dès lors, il devient difficile pour certains responsables de se défausser sur les décisions de l’État ou sur des contraintes extérieures lorsqu’ils ont eux-mêmes participé aux choix stratégiques destinés à résoudre la crise.
Le courrier du ministre met également en exergue une autre question essentielle : celle de la responsabilité.
Qui répond aujourd’hui des dysfonctionnements observés ?
Qui assume les conséquences des coupures à répétition ?
Qui rend compte des retards dans la mise en œuvre des solutions annoncées ?
Et surtout, qui porte la responsabilité d’une situation qui affecte aussi bien les ménages que les entreprises, les hôpitaux, les écoles et l’administration publique ?
Les réponses apportées par le ministre sont sans ambiguïté.
Lorsqu’il réclame des explications « claires et documentées » sous huitaine et demande la convocation en urgence d’un Conseil d’administration, il signifie clairement que le temps de la complaisance est terminé.
La crise énergétique que traverse le Gabon n’autorise plus les approximations.
Ils réclament simplement ce que tout citoyen est en droit d’attendre d’un concessionnaire de service public : de l’eau lorsqu’ils ouvrent leur robinet et de l’électricité lorsqu’ils actionnent un interrupteur.
Le courrier du ministre Philippe Tonangoye révèle finalement une vérité plus profonde.
Le problème de la SEEG n’est peut-être plus seulement technique.
Il est devenu une question de gouvernance, de responsabilité et de capacité à accompagner la volonté de transformation portée par les plus hautes autorités de l’État.
Et à la lecture de cette correspondance, une question demeure : combien de temps encore les Gabonais devront-ils patienter avant que les réformes annoncées produisent enfin les résultats qu’ils attendent depuis si longtemps ?


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