Depuis quelque temps, les publications d’Africa Intelligence consacrées au Gabon semblent accorder une attention particulière à l’entourage du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Conseillers, collaborateurs, intermédiaires présumés et personnalités réputées proches du pouvoir apparaissent régulièrement dans les informations publiées par le média spécialisé. Une récurrence qui finit par soulever une question : pourquoi cet intérêt aussi soutenu pour les hommes et les femmes gravitant autour du chef de l’État gabonais ?
En soi, qu’un média enquête sur les réseaux d’influence entourant un président de la République n’a rien d’anormal. C’est même l’une des fonctions essentielles du journalisme : observer les lieux où s’exerce le pouvoir, comprendre les mécanismes de décision et révéler, lorsque les faits le justifient, d’éventuels conflits d’intérêts.
Le problème se situe ailleurs. Il apparaît lorsque des informations particulièrement sensibles reposent sur des sources anonymes ou sur des éléments dont le lecteur ne peut lui-même apprécier la solidité. À force d’accumuler les révélations, les soupçons et les descriptions de réseaux d’influence, un récit peut progressivement s’imposer dans l’opinion sans que toutes les pièces permettant de le vérifier soient accessibles.
Le prestige d’un média ne saurait transformer automatiquement chacune de ses affirmations en vérité incontestable. Africa Intelligence, comme n’importe quelle rédaction, doit pouvoir être lu avec le même esprit critique que celui que la presse demande elle-même aux citoyens d’exercer envers les institutions.
Une information attribuée à des « sources » peut parfaitement être exacte. Le recours à l’anonymat constitue d’ailleurs une pratique reconnue du journalisme d’investigation lorsque la protection des informateurs l’exige. Mais l’impossibilité pour le lecteur d’identifier ces sources renforce aussi la responsabilité du média : recoupement, contextualisation, distinction entre faits établis et interprétations, recherche du contradictoire et prudence dans les conclusions deviennent alors indispensables.
Dès lors, pourquoi les publications concernant l’entourage de Brice Clotaire Oligui Nguema donnent-elles parfois l’impression d’une succession de révélations mettant en avant les mêmes cercles du pouvoir ? S’agit-il simplement du fonctionnement normal d’un média spécialisé dans les réseaux politiques et économiques africains ? Existe-t-il une concentration particulière de sources intéressées par le Gabon ? Certaines informations proviennent-elles d’acteurs engagés dans des rivalités économiques ou politiques ? Ces questions peuvent être posées. En revanche, y répondre en affirmant l’existence d’une entreprise de déstabilisation nécessiterait des preuves.
La crédibilité journalistique ne dispense jamais de la preuve, du recoupement et du contradictoire.
Pour les médias gabonais, l’enjeu est également considérable. Reprendre mécaniquement une information publiée à Paris simplement parce qu’elle porte la signature d’un média spécialisé revient à abandonner une partie de leur propre responsabilité éditoriale. Une rédaction doit pouvoir vérifier, contextualiser, confronter et, lorsque cela est nécessaire, contester.
Africa Intelligence a parfaitement le droit de regarder dans les coulisses du pouvoir gabonais. Mais les populations gabonaises ne sont pas dupes, elles ne sont pas bêtes.
Dans ce contexte, l’hypothèse de certaines « mains noires » tapies dans l’ombre ne peut être totalement écartée. Des intérêts politiques, économiques ou personnels pourraient chercher à instrumentaliser une partie de la presse, à coups de millions, afin d’alimenter des campagnes destinées à ternir l’image de certains collaborateurs du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Mais soyons tous d’accord que la multiplication d’articles à charge, lorsqu’elle repose sur des accusations insuffisamment étayées et vise de manière récurrente les mêmes cercles du pouvoir, nourrit inévitablement le soupçon d’opérations occultes dépassant le simple exercice du journalisme.


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